Bruine

A l’aube, comme chaque matin, le vieil Angus pénétra la chambre de sa filleule et la regarda un moment qui ronflotait, la bouche ouverte et le pied sorti de sous la couette.

La chambre de la –très– jeune magicienne était jonchée de parchemins noircis de dessins et de formules en tout genre, les tables et meubles étaient lourdement chargés de livres, recueils, parchemins, pièces de métal, pierres et récipients étrangement colorés. Sur la table de nuit trainaient encore les restes d’un repas datant de plusieurs jours.
Le vieux gnome fit une petite grimace et s’avança doucement vers le lit, prenant surtout garde de ne marcher sur rien qui put le blesser.
Bruine ouvrit les yeux avant que sa main ne touche son épaule. Elle lui sourit immédiatement et se redressa.
– Bien le bonjour mon oncle ! Avez-vous des nouvelles de mes parents ?
Angus hocha la tête en lui rendant son sourire et sortit de sa poche la lettre qu’il y avait glissée quelques minutes plus tôt anticipant la question rituelle de sa protégée.
– Nous avons reçu ça hier, mais tu es rentrée trop tard pour que je te la donne finalement. Lis là et descends vite pour le petit déjeuner, il t’attend.

Bruine s’empara du pli et le décacheta en haussant les épaules. Elle avait l’habitude qu’Angus lui reproche de travailler trop tard depuis qu’elle avait intégré un groupe de chercheurs qu’il trouvait peu recommandable.
– Tu me raconteras, demanda Angus en sortant de la pièce.
– J’arrive oui, fit elle, déjà toute à sa lecture.

Camp de Santé Publique N°11
17ième jour du Troisième mois de l’an 38.

Bruine,

Tous les deux et nous pensons fort à toi. Nous allons bien malgré tout et la vie ici bien que monotone n’est pas tout à fait reposante comme tu peux imaginer.
Le médecin chef dit qu’il y a espoir de nous guérir. Pas seulement ton père et moi mais aussi la plupart de ceux qui, irradiés, ont survécus jusqu’à maintenant.
En tout cas nous gardons un moral de khorium tu peux nous faire confiance sur ce plan là !

Nous pensons à toi bien souvent et parlons de toi, de tes projets… Figures toi que nous nous sommes souvenu soudainement qu’à ta naissance Maître Vandrel avait promis très officiellement de te servir de professeur à ta majorité. Tu devrais aller le trouver, il se peut qu’il accepte de tenir sa promesse. Nous serions si fiers de toi. Songes que c’est un des plus talentueux maîtres magiciens et aussi un inventeur prolixe, déjà quand nous nous fréquentions… Ton père me fait remarquer que ton grand-père aurait bien aimé que ce soit Vandrel que j’épouse plutôt que lui… Ah ! Ah ! C’est vrai d’ailleurs. Et ton oncle Angus pourra t’aider à le rencontrer, ils se sont croisés plusieurs fois tous les deux par le passé. Si tu as la moitié du don que ton oncle te prête alors Maître Vandrel sera ravi de te compter parmi ses étudiants.

J’aurais aimé être là et vous présenter moi-même tu sais bien. Mais ce n’est pas encore demain que nous pourrons rentrer à la maison. Peut être que l’année prochaine les médecins auront eu des résultats sur les traitements qu’ils nous font essayer en ce moment.

Ma chérie, prends bien soin de toi, ne fais pas tourner ton oncle en bourrique et n’oublies pas qui tu es et quelle est ta place.
Nous t’aimons fort et nous pensons à toi.

(la lettre est signée : « ta maman qui t’aime », puis plus bas un « papa » d’une autre écriture appliquée)

Bruine posa la lettre sur ses genoux.
Maitre Vandrel, s’il acceptait jamais de la prendre comme étudiante, ne lui laisserait pas le temps de poursuivre les recherches qu’elle avait entreprises en secret sur les radiations. Et son oncle finirait par lire la lettre de sa sœur et par arranger l’entrevue avec le magicien… Il ne servait donc à rien de vouloir résister à la volonté de ses parents… Faire semblant devant maître Vandrel d’être une nullité dans la science des arcanes jetterait probablement le discrédit sur sa famille qui n’avait vraiment pas besoin de cela en ce moment.

C’est en grognant que la jeune gnome rejoignit son oncle pour le petit déjeuner. Elle lui laissa lire le courrier de ses parents et décida de se plier à leur volonté, la mort dans l’âme.
Elle surprit un regard de son oncle quand il eut fini de lire la missive, mais elle ne sut pas l’interpréter.

—————-

Forgefer,
23ième jour du Quatrième mois de l’an 38

Ma très très chère petite sœur,
Masha,

Tu as sauvé la vie de ta fille.
Elle a fait ce que tu as ordonné. J’y veille.

Merci pour elle.
Prenez soin de vous et continuez à nous envoyer des nouvelles.

Angus

——————-

La vallée des Frigères

Angus était bien moins sur son dos depuis qu’elle était l’élève de Maître Vandrel.
Ah Maîiiitre Vandrel ! En plus il est vraiment trop beau -enfin… quand même un peu trop vieux-.

Bruine profita du peu de temps libre que lui laissait son professeur pour sortir et faire des « exercices pratiques ». Vandrel s’en rendit compte et trouva que c’était une bonne idée, arguant que ça lui laissait à lui aussi plus de temps pour faire autre chose. Bruine ne parvint même pas à s’en offusquer et tous deux se mirent d’accord pour réaménager l’emploi du temps de la jeune magicienne.

La petite Bruine était ravie au final, d’avoir un professeur émérite (et charmant, elle n’en revenait toujours pas) ET du temps libre pour ses recherches.
Après sa défection les « amis » de son groupe de chercheurs disparurent et ne voulurent plus donner de nouvelles [suite à une explication de texte par Angus]. Loin de se démonter, la jeune gnome se mit en tête de travailler seule pour commencer et s’attela à la tâche avec sérieux.

Un jour Vandrel lui donna du courrier à porter en main propre à un autre magicien au fin fond de la vallée des Frigères. Bruine se mit en route avec plaisir et parcourut la distance à son rythme depuis Forgefer.
Elle fut surprise par la nuit avant de pouvoir rentrer.
Du coup elle dormit sur place, goûtant du bout des lèvres à l’accueil pourtant chaleureux qu’on lui réserva.

Le lendemain quand elle voulut reprendre la route il faisait vraiment trop mauvais, et trop froid.
Elle se fit importuner à plusieurs reprise par un jeune gnome hirsute [Khalzim] qui n’eut même pas la politesse de se présenter.
Inquiète, timide, transie de froid et un rien agacée par les manières du malotru, elle préféra retourner auprès de maître [nom à retrouver]. Elle attendit là deux jours que le temps soit plus clément pour rentrer chez elle.

——————

Il ne faut pas fréquenter les tavernes quand on est comme toi une gnomette innocente et de bonne famille.
[…]
Surtout n’emprunte jamais un passage si tu ne sais pas où il mène, à fortiori un téléporteur.

Bruine tourna la page sans lire plus.

Les jeunes gnomettes ne parlent pas aux gens qu’elles ne connaissent pas.
[…]
Les nains alcoolisés disent souvent plus que ce qu’ils voudraient, mais surtout ils disent n’importe quoi.

Elle repris l’ouvrage à son début, une page au hasard.

Quand on arrive dans un endroit qu’on ne connait pas on évite de se faire remarquer, de poser des questions à tout va et de parler pour ne rien dire.
[…]
Et surtout on ne se mêle pas de ce qui ne nous regarde pas.
La jeune gnome laissa échapper un gros soupire.
Assise sur son lit, elle repensait aux événements des derniers jours avec un certain effroi. Tout d’abord elle n’avait absolument rien fait dans les règles, mais surtout elle s’en moquait bien, et c’est ce qui la surprenait le plus en réalité.

Elle sauta du lit pour se mettre devant le bureau. Elle fit de la place en bourrant du coude l’amoncellement de documents qui y trainaient et s’installa pour prendre des notes. Elle n’eut pas besoin de réfléchir bien longtemps et coucha sur le papier la liste de tous les gens qu’elle avait rencontrés avec ses impressions sur eux et tous les détails qu’elle avait pu apprendre à leur sujet : Khalzim, Léon, Samuel, Luise, [l’infirmière à la cathédrale] …

Ensuite elle répertoria les informations qu’elle avait récupérées au sujet d’une rumeur persistante qui avait attiré son attention et justifié qu’elle enfreigne en deux jours presque toutes les règles de l’étiquette des nobles gnomes du monde.

– un nain, montagnard/mineur s’était vanté d’avoir en sa possession un objet qu’il n’a pas montré et qui aurait prouvé ses dires hérétiques. Il s’est entretenu avec une femelle (homme ou elfe) inconnue/visage dissimulé. Sont partis ensemble de la taverne et ont disparu.
– des cendres et une pioche ont été retrouvés qui laissent à penser que le nain s’est fait tué.
– les seules traces visibles furent celles d’oiseau dans le genre de ceux que les gnomes montent.
– Luise dit qu’il s’agit d’une elfe déguisé, mais à cette heure rien ne le prouve vraiment (à la connaissance de Bruine)

Les jours suivant la jeune magicienne construisit un grand nombre de mannequins de la taille d’un nain, qu’elle bourra de chair à saucisse, d’os et de graisse d’ours, puis qu’elle habilla.
Ensuite elle testa de le faire brûler simplement sur un bûcher.
Puis elle testa de l’incendié par magie.
Aucune de ces deux tentatives ne donnèrent assez rapidement « un tas de cendres ».

Elle reprit la route de Hurlevent, avec tout son matériel, pour faire des tests avec un autre type de source magique…

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