Bruine MilleChemins

Il fait sombre, la pièce est à peine éclairée et les volets sont clos depuis des jours. Quelques bougies finissent de se consumer sur la table. Le lit n’est même pas vraiment défait. Dans un coin le plateau de repas du jour attend que l’on s’intéresse à lui depuis des heures. Le sol est jonché de feuilles de papier pour la plupart noircies d’une écriture austère et irrégulière. Sous la table, assise en tailleur, les cheveux défaits et le dos courbé, elle écrit. Sans s’arrêter, elle écrit.
Frénétiquement.

Des décennies de lecture, de recherche et de collecte des écrits de toutes les races. Envolées. Perdues à jamais. Englouties dans la faille avec la maison qu’elle s’était construite.

Evanouie aussi la flamme qu’elle portait sans l’avoir su.
Brûlée, sa forêt. Disparue, son île.

Perdue, son âme.

La peur s’est logée dans son cœur.

————————
Yeoni, propriétaire de l’auberge de Bois de Saules monta la première à l’étage pour guider la visiteuse. Elle se faisait beaucoup de souci pour la « mystérieuse pensionnaire » comme on l’appelait déjà dans le village. Voilà plusieurs mois que le demie-elfe est arrivée, et elle n’a quitté sa chambre que trois ou quatre fois, et toujours à la nuit tombée. Devant la porte, Yeoni se retourne et avant de laisser entrer la Dame elle dit :
– Elle mange à peine. Elle passe son temps enfermée dans le noir. Parfois elle parle à voix haute je peux l’entendre depuis le couloir. Elle a refusé de voir le médecin que je lui ai envoyé à deux reprises. Elle s’est fait livrer des rames entières de papier, pour rire en ville on dit qu’elle s’en nourrit. Moi je ne sais pas ce qu’elle en fait vraiment, mais je suis bien contente que quelqu’un vienne enfin lui rendre visite. Pour sûr, elle fait un peu peur quand même, on pourrait croire à un fantôme.
Tout en parlant elle dévisagea la visiteuse de pied en cape. La Dame avait assurément beaucoup d’argent et des manières très nobles
Ne sachant pas qu’ajouter à son rapport, Yeoni ouvrit la porte et laissa pénétrer la visiteuse dans la chambre.

Comme la porte se refermait, une forme humanoïde émergea d’un coin de la pièce à l’opposé de la porte, tandis que la visiteuse faisait quelques pas pour s’avancer. Toutes deux pouvaient voir suffisamment malgré le peu de lumière. La visiteuse fit le tour de la pièce des yeux d’un air dégoûté. Elle enleva ses gants d’un geste gracieux et fit tombé sa capuche.

– Hors de ma vue, sale garce !
Yeoni, l’oreille collée à la porte n’entendit rien pendant quelques instants, puis elle sursauta vivement alors que sa pensionnaire hurlait comme une damnée. Le rouge aux joues et encore sous la surprise, elle se précipita pour rejoindre le hall afin qu’on ne la surprit pas en train d’espionner ses clients.

La visiteuse eu un petit sourire narquois.
– Bonjour aussi, je suis contente de te revoir. Je n’étais pas sûre que tu aies survécu au grand cataclysme.
L’ombre se déplaça vers le lit et la visiteuse pu voir briller une lame que l’on sortait de son fourreau.
– Tu vas sortir de ma chambre et partir loin d’ici, sinon par tous les dieux je jure de te tuer. Et cette fois ma main ne tremblera pas.

La visiteuse défit sa cape en silence prenant bien soin de ralentir le moindre de ses mouvements. Elle devinait sur elle le regard haineux de son interlocutrice et s’amusait à user sa patience. Elle s’assit sur la chaise devant la table et dit, tout en feuilletant, sans y porter attention, les manuscrits posés là :
– Tu pourrais au moins me montrer le respect d’une fille à sa mère, Bruine. Je n’ai pas fait tout ce chemin pour te retrouver uniquement pour entendre tes jérémiades. Je veux la Larme. Tu me la donne et je disparais.

La lame jaillit et se ficha dans la main d’Aredhel, la clouant sur la table. Le sang coula et les parchemins se gorgèrent du liquide aussitôt.
– Sors d’ici créature impie, fit la demie-elfe, ou cette fois je te crève pour de bon.

L’Elfe se mordit les lèvres pour ne pas montrer sa douleur, elle arracha la dague de sa main sans un mot, peut être était elle allée trop loin cette fois. Elle sortit de la pièce sans échanger un autre regard avec sa fille. Elle trouverait un autre moyen.

——————–

Aredhel se rendit dans le hall auprès de Yeoni immédiatement. Quand elle parvint à sa hauteur, la tenancière fit crier après un médecin pour qu’on prit soin de sa main. Elle n’eut de cesse, tout en babillant bruyamment, qu’Aredhel accepte une chambre pour se reposer le temps qu’elle se rétablisse complètement de cette vilaine blessure. Aredhel se retrouva allongée sur un fauteuil confortable dans une des plus belles chambres de l’auberge sans qu’elle ait pu dire ouf, un repas sur une table l’attendait tandis qu’un druide se penchait sur sa main pour la soigner.
– Par les dieux c’est une catastrophe ! s’exclamait Yeoni, faut il que je fasse venir les gens d’armes pour faire arrêter cette folle ? Elle mérite d’être jetée au cachot si vous voulez mon avis !
– Qu’arrivera-t-il à ses biens si on la met en prison ? demanda l’Elfe sylvestre, tandis que le docte s’affairait à bander sa main.
– Eh bien il y a fort à parier qu’ils seront confisqués ! Et je peux faire un croix sur mon argent je crois. Répondit Yeoni d’un air désolé.
– Voilà Madame, intervint le médecin. Vous ne devriez pas sentir de douleur bien longtemps. Si la magie fait effet rapidement il n’en reste pas moins qu’une blessure de cette gravité doit être traitée avec sérieux. Vous pourrez enlever le bandage demain quand l’onguent aura été entièrement absorbé par la peau.
– D’ici là évitez tout de même de vous agiter, continua-t-il en rangeant ses affaires.
Yeoni le regardait d’un air entendu, lui tint la porte pour le laisser partir.
– Au revoir mesdames, et bonne chance pour la suite.

Aredhel se leva d’un air las et fit mine de réfléchir intensément. Puis elle tendit une bourse pleine à Yeoni en souriant tristement.
– Je ne souhaite pas que l’on jette ma fille en prison, prenez cet argent pour couvrir les frais de son séjour et du mien. Je vais rester ici pour tenter de la raisonner.
Yeoni s’empourpra mais accepta prestement l’argent qu’on lui tendait.
– C’est votre fille ? Je ne l’ai pas bien vue mais je trouve qu’elle ne vous ressemble guère. Vous êtes une Dame si … belle. Et ses manières à elle sont si frustres. C’est à peine croyable !
– Il est vrai, Dame Yeoni, répondit Aredhel. Mais elle a été très perturbée par le Cataclysme, plus qu’aucun de nous. Soyons indulgentes envers elle et aidons là à retrouver le chemin de la raison voulez-vous ?
– Vous êtes une bonne mère, ma Dame, et je vous aiderai de tout mon cœur. Répondit Yeoni, subjuguée par le dernier battement de cils de son interlocutrice.

Aredhel se tourna vers la fenêtre pour réprimer un sourire de satisfaction, et simula un bâillement discret. Puis elle s’adressa de nouveau à l’aubergiste.
– Je me sens très lasse tout à coup. Laissez moi maintenant je vous prie.
Yeoni ne put s’empêcher de faire la révérence à cette Dame aux si belles manières, puis elle quitta la chambre en silence.

Enfin seule ! Pensa Aredhel.
Elle s’installa à table et mangea son repas sans y penser, toute concentrée sur la stratégie qu’elle devrait adopter dans les prochains jours. Il lui était dorénavant impossible d’affronter Bruine directement. Donc elle devrait trouver quelqu’un en qui elle a confiance pour l’approcher et ainsi obtenir ce qu’elle convoite depuis plusieurs siècles.
La patience paie toujours.

Non elles ne se ressemblaient vraiment pas. Et alors même que Bruine l’avait accueillie chez elle, tandis qu’elle ne connaissait encore rien de sa mère, elles avaient eu toutes les peines du monde à s’entendre.
—————————

Le lendemain, Aredhel passa une partie de sa matinée avec Yeoni, la bombardant de questions au sujet de sa fille, de ceux qui la fréquentent ou qui l’ont fréquentée. L’aubergiste n’était pas très finaude, et se laissa questionner sans y prendre garde, touchée par l’attention que lui prodiguait une dame si noble à ses yeux. Finalement exaspérée par l’étroitesse d’esprit de son hôte, Aredhel perdit patience et planta soudainement la brave Yeoni qui en resta coite.

Elle s’en retournait dans sa chambre quand elle failli croiser un elfe sauvage qui sortait de chez Bruine l’air soucieux. Elle le reconnu immédiatement comme sa fille lui en avait longuement parlé : Brekilien Korrigan, le rôdeur, le roi exilé, le diplomate de Katta. Elle suivit l’elfe le reste de la journée. Il semblait très occupé à prendre contact avec nombres Qeynosiens, sans s’occuper d’être discret, de telle sorte qu’il ne se rendit compte de rien. Quand la nuit vint, il passa par chez lui quelques instants. Aredhel en profita pour poignarder un message sur sa porte et s’éclipsa rapidement, regagnant ses propres appartements.

Je souhaite vous rencontrer pour vous entretenir d’un sujet qui m’est cher, votre lieu et votre heure seront miens. Je loge au Bois de Saules comme tous nos compatriotes.
Aredhel de Kéléthin.

Elle avait cru un moment que le rôdeur était l’amant de sa fille, mais à deux reprises l’elfe des bois avait fait référence à celle-ci pendant sa longue conversation avec un Erudit, ce qui avait démenti son impression. Enfin, elle le savait curieux, il ne tarderait pas à entrer en contact avec elle.
Brekilien lui laissa à son tour un message le lendemain quand il fut de retour d’une expédition périlleuse l’invitant à se joindre à lui le soir même au Lion d’or dans Qeynos sud. Quand l’heure vint, Aredhel s’apprêta sans hâte, tout en réfléchissant à la façon dont elle procéderait avec l’elfe. Elle le savait curieux, d’une certaine intelligence, œuvrant toujours pour le bien, et veuf… Qui sait, elle pourrait peut être joindre l’utile à l’agréable.

Quand elle entra dans la taverne, il était là qui l’attendait. Elle nota en souriant pour elle-même qu’il avait troqué son armure de cuir pour une tenue plus « citadine » et nettement plus élégante, mettant en valeur la noblesse de ces traits et ses formes sveltes. Elle ne put réprimé une moue de plaisir quand elle parvint à sa hauteur. Plutôt bien fait de sa personne, elle le trouva tout à fait à son goût, malgré sa relative jeunesse. Brekilien surpris son regard sur lui et le lui rendit sans ciller.
Quelle agréable surprise. Enfin quelqu’un à qui parler ! Sa moue se mua en sourire éclatant qu’elle ne chercha pas à dissimuler cette fois, et comme tout deux prenaient place à une table, une joute sensuelle s’engagea aussitôt entre eux.

Chacun se présenta rapidement, sachant plus ou moins déjà qui était l’autre, et Aredhel se décida finalement à ne pas jouer le rôle de la mère éplorée qui cherche à protéger sa fille, et il lui sembla que Brekilien lui en était reconnaissant. Parler de Bruine, alors qu’elle la connaît si mal contrairement à son interlocuteur, lui pesait terriblement aussi décida t elle d’entamer les « négociations » par un autre biais. Elle fit promettre au rôdeur de surveiller Bruine davantage aux vues de son état actuel, et afin de surveiller mieux ce nouvel ‘allié’ temporaire, elle lui proposa de but en blanc de le retrouver chez lui quand il le désirerait pour entamer un autre style de conversation beaucoup moins sérieux mais ô combien agréable.

Avant qu’il puisse répondre, leur tête à tête fut interrompu par la visite d’une gnome zézayant, Aredhel eut toutes les peines de monde à cacher son mépris pour cet être ridicule. Elle s’éloigna avant de se trahir, et laissa Brekilien discuter avec l’importun. Quand le gnome salua respectueusement l’elfe, elle s’approcha de nouveau avec des boissons.

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Le lendemain, Aredhel passa une partie de sa matinée avec Yeoni, la bombardant de questions au sujet de sa fille, de ceux qui la fréquentent ou qui l’ont fréquentée. L’aubergiste n’était pas très finaude, et se laissa questionner sans y prendre garde, touchée par l’attention que lui prodiguait une dame si noble à ses yeux. Finalement exaspérée par l’étroitesse d’esprit de son hôte, Aredhel perdit patience et planta soudainement la brave Yeoni qui en resta coite.

Elle s’en retournait dans sa chambre quand elle failli croiser un elfe sauvage qui sortait de chez Bruine l’air soucieux. Elle le reconnu immédiatement comme sa fille lui en avait longuement parlé : Brekilien Korrigan, le rôdeur, le roi exilé, le diplomate de Katta. Elle suivit l’elfe le reste de la journée. Il semblait très occupé à prendre contact avec nombres Qeynosiens, sans s’occuper d’être discret, de telle sorte qu’il ne se rendit compte de rien. Quand la nuit vint, il passa par chez lui quelques instants. Aredhel en profita pour poignarder un message sur sa porte et s’éclipsa rapidement, regagnant ses propres appartements.

Je souhaite vous rencontrer pour vous entretenir d’un sujet qui m’est cher, votre lieu et votre heure seront miens. Je loge au Bois de Saules comme tous nos compatriotes.
Aredhel de Kéléthin.

Elle avait cru un moment que le rôdeur était l’amant de sa fille, mais à deux reprises l’elfe des bois avait fait référence à celle-ci pendant sa longue conversation avec un Erudit, ce qui avait démenti son impression. Enfin, elle le savait curieux, il ne tarderait pas à entrer en contact avec elle.
Brekilien lui laissa à son tour un message le lendemain quand il fut de retour d’une expédition périlleuse l’invitant à se joindre à lui le soir même au Lion d’or dans Qeynos sud. Quand l’heure vint, Aredhel s’apprêta sans hâte, tout en réfléchissant à la façon dont elle procéderait avec l’elfe. Elle le savait curieux, d’une certaine intelligence, œuvrant toujours pour le bien, et veuf… Qui sait, elle pourrait peut être joindre l’utile à l’agréable.

Quand elle entra dans la taverne, il était là qui l’attendait. Elle nota en souriant pour elle-même qu’il avait troqué son armure de cuir pour une tenue plus « citadine » et nettement plus élégante, mettant en valeur la noblesse de ces traits et ses formes sveltes. Elle ne put réprimé une moue de plaisir quand elle parvint à sa hauteur. Plutôt bien fait de sa personne, elle le trouva tout à fait à son goût, malgré sa relative jeunesse. Brekilien surpris son regard sur lui et le lui rendit sans ciller.
Quelle agréable surprise. Enfin quelqu’un à qui parler ! Sa moue se mua en sourire éclatant qu’elle ne chercha pas à dissimuler cette fois, et comme tout deux prenaient place à une table, une joute sensuelle s’engagea aussitôt entre eux.

Chacun se présenta rapidement, sachant plus ou moins déjà qui était l’autre, et Aredhel se décida finalement à ne pas jouer le rôle de la mère éplorée qui cherche à protéger sa fille, et il lui sembla que Brekilien lui en était reconnaissant. Parler de Bruine, alors qu’elle la connaît si mal contrairement à son interlocuteur, lui pesait terriblement aussi décida t elle d’entamer les « négociations » par un autre biais. Elle fit promettre au rôdeur de surveiller Bruine davantage aux vues de son état actuel, et afin de surveiller mieux ce nouvel ‘allié’ temporaire, elle lui proposa de but en blanc de le retrouver chez lui quand il le désirerait pour entamer un autre style de conversation beaucoup moins sérieux mais ô combien agréable.

Avant qu’il puisse répondre, leur tête à tête fut interrompu par la visite d’une gnome zézayant, Aredhel eut toutes les peines de monde à cacher son mépris pour cet être ridicule. Elle s’éloigna avant de se trahir, et laissa Brekilien discuter avec l’importun. Quand le gnome salua respectueusement l’elfe, elle s’approcha de nouveau avec des boissons.

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Brekilien se remémora son entrevue avec Aredhel. Il la trouvait fort belle, bien que d’un siècle son aînée, et son regard emprunt d’une certaine cruauté excitait sa curiosité. Il n’avait rien dit de Bruine que sa mère ne sut déjà, lui semblait-il, mais sachant les rapports houleux qu’elles entretenaient toutes deux, il avait préféré s’en tenir là. Promettre de veiller sur son amie ne lui coûtait pas bien cher puisqu’il le faisait déjà. Aredhel devait le savoir. Ils avaient prévus de se revoir rapidement…
Assis sur l’unique chaise devant l’unique table de la pièce, il lisait distraitement les pages qu’il avait fini de rassembler. Il tentait à chaque fois d’y mettre un peu d’ordre, mais c’était peine perdue. L’écriture de Bruine, minuscule et irrégulière, était parfois complètement illisible. Il se contentait de trier ce qu’il parvenait à déchiffrer, faisant des tas sur le sol.
Les volets de la chambre étaient toujours clos, et quelques bougies se consumaient, posées sur le sol à quelques pas de lui, qui éclairaient presque suffisamment pour ses yeux d’elfe.
Il jeta un regard bref en direction du lit. Seule sa main dépassait, posée sur le sol. Ses doigts s’agitaient. Bruine dormait sous le lit, recroquevillée comme animal blessé. Sa respiration était forte et irrégulière, elle devait encore faire un cauchemar.
L’elfe des bois se dirigea vers le lit et se pencha pour la voir mieux. Comme il approchait, Bruine ouvrit de grands yeux. Il cru d’abord qu’il l’avait réveillée et allait s’en excuser. Il lui tendit la main pour l’aider à s’extraire de dessous le lit. Mais elle ne le vit pas. Elle dormait encore.
Il la vit ouvrir la bouche en grand, les yeux écarquillés, et un cri muet le traversa comme une onde. La terreur se lisait sur son visage.
Bruine, toujours perdue dans son rêve, se débattit comme une furie alors que Brekilien tentait de la réveiller. Doucement d’abord, en l’appelant. Mais comme elle s’agitait d’avantage, il finit par la tirer franchement de sa cachette pour lui jeter de l’eau au visage. Enfin elle s’éveilla en sursaut, suffoquant quelques instants, alors que tremblante, elle revenait à la réalité.
L’expression de Bruine à cet instant le projeta tout à coup dans ses souvenirs, quand pour la première fois, jeune homme, il avait rencontré cette gamine échevelée. Il avait rit suite à une question étrange qu’elle avait posée, elle s’était mise en colère… Que de chemin parcouru depuis, pour lui et pour elle.
Mais l’heure n’était pas à la rêverie, Bruine, maintenant blottie dans ses bras, tremblait toujours. L’elfe sauvage s’assit plus confortablement sur le sol, et pris son amie dans ses bras. Il attendit qu’elle se calme pendant un moment.
– Que t’est il arrivé petite sœur ? finit il par demander.
– La peur. Répondit elle simplement. Seulement la peur.
Ils restèrent tous deux ainsi perdus dans leurs pensées un long moment. La respiration de Bruine se fit plus calme et enfin elle décida de bouger. Elle se leva, marchant sans les voir sur des parchemins, et se dirigea vers un malle en bois qui lui servait de desserte. Elle s’assit devant en tailleur, et sans un mot se mit à manger distraitement le morceau de formage et les fruits qui y étaient disposés. Elle fit chauffer de l’eau, et y jeta hâtivement quelques herbes. Brekilien la regarda faire, il se rendait bien compte qu’elle avait encore perdu du poids, son visage était émacié, elle manquait de sommeil, et ne s’alimentait pas suffisamment. L’odeur âcre des herbes qui infusaient ne laissait aucun doute sur la nature des produits qu’elle ingérait pour rester éveillée et fuir ses cauchemars.
Toujours silencieux, Brekilien quitta la chambre. Bruine ne leva même pas les yeux de son assiette, fuyant son regard. Du coup le rôdeur n’osa pas poser d’autres questions. Lui et elle avaient encore quelques secrets qu’ils n’avaient pas échangé. Les siècles passés ne les avaient pas ménagés l’un comme l’autre, mais le temps de la confidence n’était pas venu.

—————–

Deux jours plus tard Brekilien était revenu prendre de ses nouvelles. Bruine était encore partagée entre le désir d’exorciser ses démons et la peur de les voir s’imposer à elle si jamais elle y faisait allusion. Son vieil ami restait silencieux et posait peu de question, parfois il lui parlait des Loyalistes de Katta Castelum et de ce rêve qu’il avait caressé avec eux de voir enfin la paix s’établir. Mais ce jour-là, Bruine sentait bien que le vieil elfe taisait des questions plus pressantes. Elle fit mine de ne pas s’en rendre compte, bénissant, pour une fois, l’impassibilité habituelle de son ami.

Brekilien était assis sur une caisse, et lisait en diagonale les feuillets noircis de la veille, fronçant par moment les yeux pour déchiffrer les lettres tordues par l’empressement.
Quelque chose en lui était différent cette fois, quelque chose d’impalpable. La rôdeuse tendit ses sens, faisant appel à ce qui lui restait de la forme du loup. Comme elle s’approchait de Brekilien, celui-ci se redressa et posa sur la table les parchemins qu’il avait rassemblés.
– Louve ? souffla-t-il, en reconnaissant immédiatement la démarche et la posture de Bruine.
Bruine s’approcha encore de quelques pas, concentrée à l’extrême. Elle cherchait quelque chose, comme une aura, qui émanerait de son ami, comme une odeur.

Une odeur !

Bruine ouvrit de grands yeux quand elle se rendit compte de ce qu’elle venait de réaliser. Au même instant exactement Brekilien comprit, ses yeux rivés dans ceux de son amie, ce qui lui passait par la tête.
– Tu sens… tu sens Elle ! s’exclama Bruine incrédule.
Pour toute réponse, l’elfe étendit ses sens à son tour comme l’avait fait Bruine. Ses pensées se heurtèrent rapidement à celles de son amie. Il ressentit sa colère comme les questions de Bruine le percutaient sèchement. Toujours suspendu à son regard, il lui répondit sans détour.
Que cherche la femelle ?
La femelle chasse la louve.
Que veut le loup ?
Le loup prend la femelle.
Mauvaise femelle.
Le loup ne craint pas la femelle. Que la louve s’apaise.

– Je quitte l’auberge ce soir, ne me cherches plus ici. Finit par articuler Bruine.
Brekilien acquiesça, il cessa d’être le loup et voulu saluer son amie pour l’apaiser. Mais la rôdeuse, la mâchoire toujours serrée, les yeux plissés et les narines dilatées, évita le contact de sa main tendue. Il savait bien que si Bruine avait encore eu le pouvoir de se transformer, elle l’aurait mordu.
Il quitta la pièce en soupirant pour dissimuler son sourire. Il venait de retrouver Bruine…

Aredhel était encore en ville ! Elle harcèlerait sa fille jusqu’à obtenir l’objet de sa convoitise… La rôdeuse choisit d’éviter la confrontation autant que possible. Incapable de réfléchir plus avant, Bruine se sentait acculée. Elle pensa un instant fuir la ville, quitter l’enceinte des murs protecteurs… Mais elle se ravisa, devant ses yeux défilaient encore des images de terreur.
Bruine ne pris rien qui pu l’encombrer, en dehors d’une lame et de ces herbes. Elle laissa là toutes ses affaires y compris son armure, ses bottes et son arc. Puis elle ouvrit la fenêtre, poussa un peu le volet. Le jour diminuait et bientôt les éclats de la lunes illumineraient la nuit.

En attendant qu’il fasse noir, elle rêva distraitement de Sharval, de ses palais élégants, et des rues qu’elle avait si souvent arpentées… Puis comme toujours des images plus douloureuses vinrent la hanter. Sa mère était donc encore en ville, trissant sa toile pour récupérer ce qu’elle convoitait depuis qu’elle en connaissait l’existence. Une Larme de verre. Bruine avait reçu l’objet en même temps que le reste quand cette Présence s’était imposée à elle. C’était avant. Avant l’horreur, avant ses chairs brûlées, avant la mort de ses ennemis. Avant la fin du monde. L’Ayr’Dal avait perdu tout ce qu’on lui avait donné, mis à part cet objet de verre qu’elle ne savait pas utiliser.
Aredhel ne l’aurait pas.

L’air plus frais s’engouffra bientôt dans sa chambre, la ramenant doucement à la réalité. Elle enjamba le bord de la fenêtre, et d’un bond fut dans la rue. Ses pieds nus ne firent pas un bruit dans l’herbe, et elle se fondit dans l’ombre.

———————-

Disparue !

Aredhel n’en revenait pas. Brekilien, assis sur le lit, la regardait faire nerveusement les cents pas tandis qu’elle réfléchissait à toute vitesse sur la marche à suivre pour retrouver sa fille. Elle était exaspérée par l’attitude du rôdeur.

– Ne te mets pas dans un état pareil, fit-il doucement, je sais que Bruine reviendra. En tout cas cela prouverait plutôt que son état s’est amélioré, elle n’avait pas encore quitté une seule fois sa chambre d’auberge.

Aredhel se tourna vers Brekilien et le regarda longuement. Elle n’était pas parvenue à lire en lui, ni à lui soutirer la moindre information en réalité. Ils avaient joué au chat et à la souris jusque sous les draps mais à aucun moment ils n’avaient cédé du terrain, ni l’un ni l’autre. Chacun avait gardé ses secrets, répondu des demies vérités et orienté la conversation de façon à ne jamais avoir à mentir, ni dévoiler quoique ce soit sur eux, ou sur Bruine. Son entreprise avec lui était donc un fiasco. Sa fille avait disparu de la circulation et elle n’avait toujours pas récupérer l’objet qu’elle était venu chercher. Pourtant elle n’arrivait pas à s’en vouloir tant ses derniers jours avaient été agréables.

– Je vais devoir te quitter je pense, dit Aredhel en s’approchant du rôdeur. Tu es le seul à l’avoir approchée. Mais tu ne sais pas où elle est en ce moment alors que tu m’avais promis de veiller sur elle. Ajouta-t-elle avec une moue coquine. J’ai dû trop accaparer tes pensées en fait.

Brekilien sourit, et se garda bien de répondre. Il savait que Bruine reviendrait rapidement pour le rejoindre dans l’Alliance des Seigneurs car, tout comme lui, elle y était très attachée.
– Je sais bien que je ne saurais pas te retenir… commença-t-il.

Aredhel comprit le sous entendu, et vint s’asseoir aux côtés de Brekilien sur le lit. Les deux amants se regardèrent un instant puis s’embrassèrent. Aredhel rompit le contact de leurs lèvres, puis s’habilla en silence. Brekilien la regarda faire sans rien dire, admirant la beauté parfaite qui s’offrait à son regard pour la dernière fois. Quand elle fut prête, elle se tourna de nouveau vers lui, son visage n’exprimait aucune émotion.
– Ce fut un plaisir que de croiser ta route, rôdeur, dit elle. Je ne pense pas que nos routes se croiseront de nouveau. Je vais quitter la ville d’ici peu.
– Adieu à toi alors. Saches que je compte bien protéger Bruine, malgré tout ajouta-t-il à mi-voix.
– Evidement, répondit Aredhel, puisque tu me l’as promis.

Aredhel attacha sa cape sur ses épaules et ouvrit la porte. Elle quitta l’appartement sans se retourner.

———————
Le jeune humain se retourna dans son lit, un frisson le parcourut et cela le réveilla. Il s’assit en se frottant les yeux puis regarda en direction de la fenêtre. Ouverte ?

La pièce était plongée dans le noir, malgré la lumière de la lune. Il n’avait pas peur et il se leva sans précipitation. Puis, dans l’obscurité, traversa la pièce pour allumer un chandelier posé sur un guéridon près de la porte d’entrée. Ses yeux s’accoutumèrent à cette nouvelle lumière, et il put distinguer une ombre assise sur un fauteuil. Intrigué et finalement un peu inquiet, il se saisit de sa masse d’arme et s’approcha.
Il éclaira le fauteuil et fut bien surpris d’y trouver une femme qui le scrutait avec attention.

– Par Mithaniel qui êtes vous et que faites vous là ? fit-il avec humeur.
– Bonjour, Starriders. Répondit la femme en souriant. Est-ce ainsi que vous accueillez votre arrière cousine ?
– hein ?
– N’êtes vous pas Kylion le descendant de Galadan Starriders, mon oncle ?
– Si fait… Bruine !! Enchanté de faire votre connaissance… mais vous auriez pu passer en journée non ? Fit-il remarquer.
– Non.

Kylion ne connaissait la rôdeuse que de nom, et ne s’attendait pas à ce qu’il avait sous les yeux. Il garda son sang froid habituel, et posa le chandelier.
– Allumez un peu par ici, mes yeux ne sont pas les vôtres. Je vais m’habiller un peu puisque vous vous invitez. Fit-il d’un ton martial.
Bruine se leva et fit de la lumière, tandis que Kylion passait une chemise et des chausses par dessus son linge de corps.

Quand ils se retrouvèrent face à face le jeune homme fut saisi par la pâleur de l’elfe. Sa maigreur faisait peine à voir et ses yeux noircis par le manque de sommeil lui donnaient un air affreux.
– Vous êtes souffrante ? s’enquit-il.
– Je suis en fuite surtout.

Kylion allait poser d’autres questions mais d’un geste bref Bruine le coupa et expliqua :
– J’ai besoin d’un endroit sûr pour un certain temps, et je vous savais installé en ville… Ce fauteil m’ira très bien. Continua-t-elle.
– J’ai vaguement l’impression de ne pas avoir le choix. Répondit Kylion sans sourire.
– Je n’ai pas ce luxe non plus; remarqua Bruine. Personne ne sait que je suis ici.

Le jeune humain soupira. Il fit signe à la rôdeuse de s’installer dans le fauteuil si elle le désirait, puis éteignit les bougies.
– Nous en reparlerons demain. Dit-il.
Et vous aurez intérêt à répondre à mes questions. Pensa-t-il. Les Anciens vont et viennent sans se préoccuper des mortels, c’est agaçant à la fin.

————————

Trois jours plus tard Bruine se risqua enfin à sortir. Elle n’avait plus le choix de toutes façons puisque son stock d’infusion était épuisé. Accoudée au chambranle de la porte d’une échoppe, elle regardait son fournisseur habituel qui préparait son paquet.

Le nain Roufrack Ogrebane, honnête commerçant, s’était porté à son service, s’il on peut dire, quand elle était revenue en ville, après le fracassement. Bruine à ce moment là avait été assez gênée, et puis finalement elle s’était habituée à la présence de cet « aide de camp » à ses côtés. Le nain lui avait juré fidélité en mémoire de son père qu’elle avait sauvé pendant la guerre, et elle n’était pas en mesure de refuser l’aide de quiconque. Elle consommait déjà ces infusions régulièrement. Roufrack, bien que fermement opposé à ce genre de pratique, lui fournissait cependant ce dont elle avait besoin, mais elle ne savait pas pourquoi.

Ensuite elle s’était tenue cloîtrée chez elle, Roufrack venait la voir discrètement parfois, pour lui amener du papier aussi. Et puis au retour de Brekilien, il avait espacé ses visites…

Sans un mot le commerçant lui remis un paquet, il était attristé de voir ainsi la « Capitaine » – c’est ainsi qu’il l’appelait en référence à son grade dans l’armée de Qeynos – se ruiner la santé. Bruine enfourna le tout dans sa besace qui ne la quittait pas.
– Je n’ai pas pu emporté d’argent avec moi, mais si vous voulez vous pourrez en trouver à l’Auberge du Rameau à la place habituelle. Fit-elle.
– Pourquoi n’êtes vous pas venue me trouver quand vous êtes partie ? Vous savez bien que je vous aurais trouver un endroit sauf ou vous auriez pu emporter vos affaires…

Roufrack n’était pas parvenu à déguiser son ton de reproche, et Bruine s’en rendit compte. Elle se demanda un instant s’il était offusqué qu’elle n’ait pas recouru à ses services plutôt qu’à ceux de Kylion…

Elle sourit tristement et dit :
– Avez vous eu récemment la visite d’une elfe des bois richement vêtue, d’une grande beauté, le regard clair et des manières un peu apprêtées ?
– si fait, répondit Roufrack. Elle m’a demandé si je pouvais lui fournir un anti-douleur puissant. Je lui ai répondu que je n’étais pas herboriste.
– C’est elle que je fuis. Lui confirma Bruine en se dirigeant vers la porte.
Le nain secoua la tête d’un air désolé.
– Ma Capitaine…
Arrivée sur le palier, elle se retourna avant de sortir.
– Je ne porte plus ce titre depuis plus de 10 ans, Ogrebane. Fit elle doucement. Appelez-moi Bruine plutôt puisque vous vous dites mon ami.

Elle sortit sans attendre la réponse du nain, et longea les murs de la ruelle. La nuit tombait à peine et les ombres portées par les lumières de la ville, encore faiblement allumées, lui permettrait de se rendre discrètement chez Kylion.

Le jeune humain l’avait littéralement harcelée de questions. A ces yeux il n’était qu’un gamin, et pourtant elle sentait en lui le souvenir de l’humain qui s’était occupé d’elle enfant. Malgré son jeune âge Kylion s’était révélé très calme et posé, quoiqu’un peu sec. Et intraitable aussi, au sujet de ses infusions répétées, notamment. Bruine devait quitter sa cachette bientôt car la cohabitation s’avérerait rapidement impossible.

Elle s’était arrangée pour lui donner le moins d’informations possible, ce qui avait partiellement apaisé la curiosité du jeune homme :
 » Un agent de D’Lere est en ville, il me cherche. Il veut récupérer un artefact qui est en ma possession. Je n’ai jamais réussi à le faire fonctionner ni même à déterminer à quoi il servait, mais dans le doute je ne veux pas qu’il tombe entre des mains ennemies. »

Kylion avait examiné l’objet et ne lui avait rien trouvé de particulier, pas plus que tous les experts qu’elle avait déjà consultés. Bruine avait obtenu ce petit bijou d’une façon tellement étrange qu’elle ne parvenait pas à accepter que ce put être seulement ce à quoi ça ressemblait : une larme de verre translucide, montée sur une chaînette dorée. Et le fait que sa mère cherche à obtenir l’objet la confortait dans son idée.

Bruine espérait sans y croire que sa mère se lasserait de la chercher et qu’elle quitterait la ville. Malgré toutes les drogues qu’elle pouvait ingurgiter, elle savait qu’elle devrait affronter sa mère un jour ou l’autre, et elle savait qu’elle y perdrait probablement la vie. Mais pour de bon cette fois.

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Aredhel avait du mal à garder son calme. Depuis sa rupture avec Brekilien les choses n’avaient pas tellement avancé mais elle tenait enfin une piste. Dans d’autres lieux elle avait entendu bien des histoires au sujet de Bruine, et elle était tiraillée entre le désir d’en finir avec elle rapidement, et la peur de se confronter à un pouvoir qui la dépasserait probablement. Si Bruine l’avait toujours… L’elfe sauvage fut choquée quand elle remarqua que les Qeynosiens avaient pratiquement oublié l’existence de leur héroïne. Un instant elle eut même la sensation de comprendre un peu mieux sa fille, car elle aussi se sentait hors de cette époque. Toutes deux appartenaient à un autre âge. Même les elfes semblaient avoir oublié l’histoire.

Pourtant Aredhel souvenait de tout. Elle se remémora alors avec exactitude ce qui l’avait amenée là, les choix qu’elle avait dû faire, la passion qui l’avait animée et puis l’amertume et la haine qui l’avaient aidée ensuite à tout supporter. Puis elle fit comme elle avait l’habitude, elle chassa ses pensées inutiles de son esprit, fit taire la douleur qu’elle sentait poindre dans sa poitrine, et se remit en marche.

L’affaire devenait intéressante. Elle était parvenue à savoir qui fournissait Bruine en papier, et dans l’échoppe de ce nain imbécile elle avait tout de suite remarqué le bocal qui contenait ce que Bruine viendrait chercher rapidement : ces herbes mélangées qui, infusées avec une écorce particulière, permettaient d’atténuer les plus grandes douleurs, malgré d’autres effets néfastes et dangereux… Elle n’avait plus qu’à attendre.

Depuis elle surveillait personnellement la boutique de ce Ogrebane. La nuit tombante, elle entrait, en face, dans l’appartement d’un couple de kerra qu’elle avait soudoyé. Depuis leur balcon, elle pouvait à loisir surveiller les allées et venues.
Et ce soir là fut son soir de chance. Elle se mettait en place quand elle vit sa fille pénétrer dans la boutique. Bruine en ressortit quelques minutes plus tard. Aredhel était déjà redescendue et se mit à la suivre. Bruine longea les murs tâchant de rester dans la pénombre. Aredhel pressa le pas silencieusement, et dès qu’elle fut à hauteur, elle sauta sur la rôdeuse pour la pousser contre un mur dans l’ombre d’une porte cochère.

Surprise, Bruine ne pu esquiver le premier coup de dague. Sa mère essaya de l’immobiliser, mais ses réflexes de combats reprirent le dessus, et elle se dégagea en feintant de tomber au sol. Elle fit une roulade et se rétablit rapidement sur ses jambes. Bruine sortit une dague de sa botte. Les deux femmes se regardèrent un instant, face à face, prêtes à bondir pour fendre ou pour feinter.

Aredhel ne pouvait pas courir le risque de laisser sa fille incanter, elle se jeta sur elle la première, visant le cœur. Bruine para la lame en empoignant l’avant bras de sa mère, mais ne put empêcher le choc. Aredhel se récupéra sur elle. Les deux femmes roulèrent au sol. Bruine ne parvint pas à repousser sa mère, pourtant bien moins lourde qu’elle, et se retrouva rapidement couchée sur le dos sans pouvoir bouger. Sa blessure au flanc lui faisait un peu mal.

La Fierd’Al, assise sur sa proie, se rendit soudain compte de son état. Bruine soufflait et suait. Malgré la pression des mains de sa mère, ses bras tremblaient légèrement. Elle était visiblement en manque.
Aredhel eut un sourire, et maintenant Bruine au sol, elle fit jouer un instant sa lame sur la joue de sa fille.
– Petite pimbêche, voici l’heure de ta mort venue dirait-on.

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Aredhel aurait voulu que cet instant dure éternellement, elle sentait en elle bouillonner la haine qui l’avait maintenue en vie. Elle rit. Enfin ! Elle tenait à sa merci la créature à laquelle elle avait donné vie, elle allait enfin pouvoir réparer son erreur. Finalement cette histoire d’artefact n’était peut être qu’un prétexte, car elle savait bien que même sans cela, à cet instant précis, elle ferait exactement la même chose.
Elle fit jouer de sa dague sur la joue de Bruine qui ne tentait plus de se dégager. Sa bâtarde de fille n’avait plus aucun des pouvoirs si puissants qu’elle avait utilisés pendant la guerre. Ca n’en était que plus excitant. Mais là, sous ce porche, Aredhel savait qu’elle n’aurait pas le temps…
L’elfe des bois cracha au visage de sa fille qui ouvrit les yeux. Bruine trembla de plus belle, ses traits étaient extrêmement pâles. Aredhel peina à la maintenir au sol sous elle tant les tremblements se firent violents. Les yeux de sa fille s’étaient voilés, elle se débattait contre d’autres ennemis qu’elle, et il lui sembla alors qu’on lui avait volé sa victoire.
– Tant pis, je jouerai un autre jour. Fit Aredhel, un peu déçue.
Elle découpa les vêtements de Bruine d’un rapide coup de dague. Attaché au cou de sa proie, le bijou tant convoité pendait à une chaînette sans valeur : la Larme de Tunarë. Bruine avait reçu cet objet d’une façon mystérieuse, la rumeur prétendait que La Mère elle-même était sortie de sa retraite pour le lui apporter.
Aredhel ne se saisit pas tout de suite de l’objet, redoutant une protection quelconque. Elle incanta et des racines sortirent du sol, attrapant Bruine par les poignets et les chevilles. La magicienne se redressa, cédant au désir de faire durer cet instant encore. Son ennemie était à sa merci, et cette pensée la réjouissait tant que pendant quelques secondes elle rêva de garder sa proie ainsi sous sa coupe pour l’éternité.
Finalement elle se décida, sorti de sa botte un couteau sacrificiel. Aredhel s’agenouilla devant le corps convulsé de la rôdeuse, et psalmodia silencieusement une prière à son maître et dieu. Puis elle défit les vêtements de Bruine, et grava sur sa poitrine les mots rituels thexians du bout de sa lame. Le sang perla rapidement. Bruine soufflait et tremblait, son visage était tordu de douleur, mais elle ne cherchait pas à se libérer. Aredhel se pencha pour dessiner sur le front de Bruine le dernier symbole. Elle croisa son regard : bruine avait renoncé.
La magicienne fit une moue de dépit, mais n’arrêta pas son geste. Elle planta sa lame bien droite, visant le cœur. Au passage elle fit céder la chaîne dorée et la larme de verre roula sur le sol.
Aredhel fut rejetée contre le mur à quelques mètres de là, par une force soudaine et brutale. Elle tomba lourdement au sol, et entendit son bras craquer sous elle. Elle reteint un cri de douleur et jeta un coup d’œil rapide au corps de sa fille. Il n’y avait rien, ni personne. Elle tenta de se redresser et devant son nez, entre deux cailloux, elle vit la larme de verre brisée.
– Je suis la Larme, et je décide de qui vit et qui meurt. Aujourd’hui la Tempête reste en vie, et la messagère retourne auprès de son maître.
Aredhel vit une lueur se faire autour d’elle, elle eut à peine de le temps de lever la tête pour voir une petite forme dans l’ombre suspendue à plusieurs mètres du sol. Elle entendit un petit rire étrange, et fut téléportée.
Dans la nuit, invisible aux yeux des vivants et des morts, un corps inanimé lévitait en direction du Bois des Saules, suivit de près par une petite créature sombre.

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Aveu

Après de nombreuses heures passées à l’écouter, à échanger des rimes et des citations poétiques, je lui envoyai ces mots, comme un aveu codé.


-il faut lire le premier pied de chaque vers-

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Fleur Bleue

Il est un lieu, impossible, improbable ;
Un tunnel, semblant par l’ennemi défendu ;
Un accès, clos par une grille de fer nu.
Partout, des rochers, sous une voute instable.

Mais, là-haut, si menu, quel est cet éclat d’azur ?
De la falaise une mince fissure, un grain de terre,
Et là, toute frêle, une fleur déploie dans les airs,
Contre les vents, contre toute raison, d’elle si sûre,

Le formidable bouquet de ses bleus pétales…

Il est un lieu impossible, improbable,
Où les rayons de fleur enflamment les coeurs,
Où tout n’est plus que beauté, lumière, chaleur,
Où le monde est si beau, si bon, si aimable,

Que vos jambes se dérobent, votre âme explose,
Votre esprit s’évade hors du temps et du monde;
A la flamme bleue, il n’est que des coeurs qui fondent.
Pour cette fleur, voilà les mots que je dépose.

Decyrano, Barbare gardien, forgeur d’épées,
Poète, philosophe, fleuriste et surtout amoureux !
Mort assassiné.

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Nuit terrible -1-

Subitement séparée de ses compagnons d’armes alors qu’ils terminaient leur dernier combat, Bruine revint à elle quelques (trop) nombreuses minutes plus tard, seule. Rapidement encerclée de tous côtés par des stridents et des squelettes sans qu’elle ait eu le temps de se cacher, Bruine alors tenta de s’échapper. Elle couru comme elle pu, ne sachant trop par où passer, suivant les couloirs au hasard. Toutes ses protections magiques avaient cédé, et les coups dans son dos eurent raison de ses forces.
Elle s’effondra dans l’eau, à quelques pas de la sortie.
Tandis que les zombies retournaient à leur errance dans les couloirs, les Stridents tentèrent d’étancher leur soif sur elle. Inconscient, son corps s’immergea plusieurs fois dans l’eau nauséabonde sous la pression de ses assaillants, les empêchant de goûter leur proie.
Finalement les stridents se lassèrent et laissèrent là Bruine, toujours inconsciente, le corps flottant entre deux morceaux de bois.

Le lendemain vers midi, Litanie, sans nouvelle de la Confidente depuis la veille, s’engouffra dans les tunnels à sa recherche.
Invisible aux yeux des mortels, elle parcouru rapidement le dédale de la crypte et la trouva toujours inconsciente, là où elle avait chu. La confidente était très gravement blessée, son teint pâle faisait peine à voir, Litanie la souleva dans les airs par la pensée, lui prit la main, et se téléporta instantanément à l’auberge du Rameau, dans les appartements de Bruine.
L’enfant déposa le corps de son amie sur le lit, et incanta quelques sorts pour la soigner. Ensuite elle défit l’armure de cuir, déchira les vêtements de lin et lava son amie avec soin afin d’en faire disparaître l’odeur de mort.
La magie des soins opéra, et Bruine reprit doucement des couleurs. Ce soir elle serait sur pied probablement. Elle ouvrit un oeil et vit Litanie penchée sur elle. A demi voix, avant de s’endormir elle dit :
– Préviens le, je sais qu’il a dû m’attendre. Il doit être fou d’inquiétude. S’il te plaît.
– Seulement si tu promets de t’alimenter avant de repartir ce soir. Répondit Litanie d’une petite voix.
– Oui, souffla Bruine. Je promets.
Litanie sauta du lit, recouvrit Bruine d’un drap et se dirigea vers la table. Elle prit un parchemin et maladroitement, mais avec toute l’application d’une enfant, écrivit quelques mots pour rassurer le guerrier.
Elle s’arrangea ensuite pour que le billet lui parvienne dans l’heure, puis retourna à ses occupations.

Bruine dormait en souriant.

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Nuit Terrible -2-

Elle avait disparu…
Comme par quelque épouvantable maléfice… ou quelque passage secret d’où serait sorti un bras squelettique l’ayant happée… Decyrano cherchait en tout sens, et pourtant ne voulait point laisser trop transparaitre son émoi… il avait la charge des recrues engagées dans cette expédition, maintenant funeste, dans la Crypte des Traitres…
Ensemble, d’abord, ils cherchèrent tous vainement… Puis, se donnant à grand peine une contenance assurée, ne voulant pas mettre en danger la vie de tous en prolongeant plus que de raison leur présence en ce lieu maléfique, Decyrano ramena ses compagnons à l’entrée. Il expliqua, maladroitement, que Bruine avait certainement du partir explorer quelque secret passage, et qu’il l’attendrait seul. Son ton était sans appel.
Le groupe se sépara donc là, dans le puit d’accès, et Decyrano, revint sur ses pas, plus angoissé encore, maintenant qu’il n’avait plus à contrôler ses sentiments… Il chercha partout, échappa quelque fois à la mort… et finit des heures plus tard par errer lui même en ces lieux, comme quelque spectre ayant à jamais perdu le goût de la vie…
Il se ressaisit enfin… et toute son âme se concentra brusquement sur un mince espoir. Peut être avait-elle réussi à sortir… Il la chercha en ville, passa au rendez-vous de l’Alliance, puis à l’auberge, y laissant un mot… Aucune nouvelle, pas la moindre trace d’elle.

Impossible d’attendre là, à l’abri! son coeur n’aurait pu le supporter… Il retourna dans les glauques profondeurs de la cité et reprit ses recherches en ce labyrinthe infernal… Les heures continuaient de s’écouler. Dehors, peut être le jour commençait à poindre… Mais il n’y avait plus de jour… plus de nuit… plus rien…

Il n’y eut qu’un cri… soudain, déchirant l’air lourd des catacombes… C’était elle, il en était certain… il courrut, se précipita, mais le silence aussitôt se fit… il ne trouva rien, ni personne, que les morts vivants, éternellement maudits… Délirait-il? Avait-il rêvé? Oh, ce n’était pas un rêve alors, mais bien le pire des cauchemars… Etait-ce quelque écho, gardé des heures durant, entre ces murs de haine? Etait-ce un reste de magie qui laissait subsister, d’elle, la dernière parole?

Non! Non! Non! Cela ne se pouvait… Il hurlait, il frappait les murs! Aurait voulu que sous ses coups ces vieilles pierres, ces voûtes fatiguées en viennent enfin à céder et l’ensevelissent ici à jamais… Cognant, rageant, frappant, il ne voyait plus rien, ne sentait plus rien, n’était plus rien.

Son errance, sans qu’il sache pourquoi, sans qu’il se souvienne des gens qui pourtant, un temps, le portèrent au dehors, continua en plein jour dans les rues de Qeynos… mais à la surface du monde comme confiné dans l’en bas, il lui manquait toujours l’air et la lumière.

Ce fut d’entre les plis d’un billet qu’un vent vivifiant et le soleil se levèrent!

Decyrano, Barbare, gardien, forgeur d’épées,
poète, philosophe, fleuriste et surtout amoureux!
Mort assassiné…

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Déclaration

Comme un bourgeon sur la branche cherche la lumière
Comme un fleuve, et comme la plaine qu’il envahi
Comme un chant, une louange, comme une prière
Comme lorsque l’univers se crée, qu’il se déplie

L’ivresse irrésistible de cette liqueur
Brûle en moi follement, distillant sa chaleur
Infiniment, telle un baume de guérison
Intensément, jusqu’à en perdre la raison.

D’un seul regard, faire en moi résonner la flamme
Tant il étanche mon cœur, et rassasie mon âme.
D’un seul mot, tendrement, raviver la lueur
Si bien qu’il n’y aurait nulle part, un ailleurs

Que dans vos bras ou vous dans les miens, sur vos lèvres
Fougueusement, absolument, passionnément,
Me laissant dévorée, dévorant avec fièvre,
Ainsi je voudrais vous aimer, éperdument.

B.

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Réponse

Ô, le charmant présent d’un ciel sans nuage !
Le soleil n’est-il pas, du bonheur, le page ?
Là, sous son éclat, les amoureux enlacés,
De l’été, paraissent ne pouvoir se lasser.

Je déambule sous d’autres cieux, grisonnants,
A qui les veut, les flammes solaires donnant.
Mon bonheur est tout entier drapé de nuées,
Lorsque le vent se pose, que l’air est muet…

Du gris manteau céleste, elle vient… La voilà !
Un très délicat murmure donne le « la ».
Son approche sans bruit est une mélodie
Qui, déjà, des sens, prépare un incendie.

Une douce fraîcheur la précède de peu,
Puis, un léger picotement, non point râpeux,
Mais vif, pétillant, stimulant… si excitant !
Elle est là ! De s’en défendre, il n’est plus temps.

Elle n’est plus que caresses glissant sur ma peau,
Elle me charme, m’attire, comme un appeau.
C’est, de suaves baisers, un ruissellement,
Source de frissons délicieux, d’envoûtement.

C’est la pluie… elle m’emporte, elle m’enivre…
Elle est l’eau sans laquelle je ne pourrais vivre !
La pluie ? Non, pas… Ni, crachin, giboulée, ondée,
Averse… Je n’entends pas le tonnerre gronder…

Ce n’est donc point orage, déluge, et ruine…
Elle est plus douce, belle, et fine… la Bruine !
Regardez ! Elle entrouvre le manteau gris-ciel…
Pour un rayon de soleil ? Non… Un arc-en-ciel !

Decyrano,
Barbare, gardien, forgeur d’épées,
Poète, philosophe, fleuriste et surtout amoureux!
Mort assassiné…

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Decyrano

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Baisers de victoire -1-

Il est ceux qui combattent pour le goût du sang
Et les mercenaires pour un besoin d’or pressant…
Ceux qui guerroient par habitude ou par métier ;
Les vaniteux, faisant de la gloire un chantier ;
Les fanatiques, toujours pourfendeurs d’hérétiques ;
Les rêveurs dont les idées deviennent tactiques…

Il est aussi, pourtant, des guerriers amoureux.
Ils croisent le fer farouchement, car pour eux
Chaque victoire remportée vaut un baiser…
Qu’à la nuit, je viens sur vos lèvres déposer,
Puis dormir dans vos bras sous la voûte étoilée :
Voilà bien, à mon cœur, le plus beau des palais !

DeCyrano
Barbare, gardien, forgeur d’épées,
Poète, philosophe, fleuriste et surtout amoureux!
Mort assassiné…

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Baisers de victoire -2-

Éloignés de deux ou trois pas, ils se font face
Entre eux, sans qu’ils les voient, leurs ennemis trépassent
L’un anticipant de l’autre les mouvements
ils tournoient et dansent silencieusement

Attentifs à l’autre plus qu’à eux-mêmes, sans merci
Concentrés à l’extrême, portant leurs coups précis
d’un regard, leurs âmes s’emmêlent alors
le souffle court, ils mettent l’ennemi à mort

Au regard du passant c’est un combat comme d’autres
Mais j’ai sur mes lèvres encore le goût des vôtres
Et ce ballet mortel devient alors promesses
d’une autre danse, sans nos armes, et d’une autre ivresse

B.

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Activités des Services Secrets -1-

Confidente,

Voici le compte rendu d’expédition dans le quartier de Beggar’s Court comme convenu.

On peut accèder à la zone de deux façons uniquement : la cloche du marin et les égoûts de la Voie du Voleur.

Il n’y a pas de garde en faction sur le quai de la cloche, mais le garde (lvl 29) qui fait arpente la première court y passe une fois toutes les 4 minutes environs (une fois sur deux). Son tour prend 2’40 quand il passe par le quai, sinon cela prend moins de 2 minutes. Il fait souvent des poses devant les passages, afin de vérifier les allées et venues (quais et escaliers).

Dans la première cour, on peut trouver la banque (on m’a dit qu’elle n’était pas gardée de l’intérieur mais je n’ai pas encore pu vérifier), et devant les escalier y menant, Encrier le scribe (A) vend entre autre le livre de langague Ayr’Dal.
De la première cour, on accède à la seconde par trois escaliers différents, celui du milieu est impraticable puisqu’une garde (lvl 27) est en faction, qui regarde en direction de la cour. Notez qu’il lui arrive de se retourner pour saluer son collègue qui passe dans son dos.

Dans cette partie du quartier j’ai noté l’auberge de l’Asile de Nuit, tenue par Melus qui n’est pas un commode, la tour de bois du Norrath Express (B) et les vendeurs de meubles, donc un (C) qui vent les objets culturels Ayr’Dal (des vases) et l’autre (D) des faux de ce tableau de chevalier si cher à l’Alliance.

Le garde (lvl 45) qui sa ronde là est un capitaine et il lui arrive de changer son parcours. Son tour le plus rapide est de 1’10, mais s’il passe par le passage devant la bouche d’égouts, il peut y rester un certain temps en laissant la place presque sans surveillance.

La Voie du Voleur donne accès à la seconde cour directement, près du passage en direction de la porte de Portfranc Nord.

La porte de Portfranc nord est d’ailleurs gardée par deux hommes en faction qui suveille de près les allées et venue dans cette partie du quariter, le rendant absolument hors d’atteinte. D’ailleurs il arrive que le capitaine fasse plusieurs rondes successives pour y suveiller ses hommes, jettant tout de même des regards par le passage pour voir la seconde cour toutes les 30 secondes environ).

Avec tous mes respects.
Force et Honneur sur vous et l’Alliance.

LePendu.

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La mort de Decyrano

Hélas, me voilà, ici, messagère de malheur, moi Boisdormante, druide, elfe des bois, plus habituée à m’occuper des soucis des plantes que des affaires humaines…

J’étais partie explorer les régions proches de la vile cité de Freeport, quand, dans ce lugubre cimetière, me faufilant discrètement, j’aperçus le seigneur Decyrano suivant une jeune elfe noire qui semblait le guider vers quelque destination inconnue…

Connaissant de réputation l’Alliance des Seigneurs, j’en fus étonnée… et suivis à distance… Bientôt l’étrange guide de Decyrano lui désigna un monument, d’où sortait semblait-il la plainte d’une voix de femme… A l’instant où il s’avançait, une énorme poutre, maintenue en équilibre précaire lui tomba dessus, poussée par des Freeportiens jusque là invisibles… Decyrano s’écroula… et je retins un cri… Ces agresseurs le dépouillèrent en vitesse, jetèrent sur lui quelques maléfices… et s’enfuirent, y compris la fausse pleureuse et la guide qui l’avaient amené là…

Je m’approchais alors du seigneur tandis qu’il agonisait… et toute ma magie sembla alors sans effet… impossible de le soigner… il me confia alors ces derniers mots :

 

Dites-lui que je l’aime et que j’enrage !
Mourir, loin d’elle, ce n’est pas question d’âge…
Je rêvais seulement de partir dans ses bras
Et de recueillir un de ses baisers pour bra…
… Braver la mort ténébreuse.

Dites-lui que, si je ne l’ai point emmenée
En cette aventure, c’est par peur de la peiner.
J’avais reçu des nouvelles alarmantes
A propos de Roxane, ancienne amante,
A sauver d’une noire horreur.

Dites-lui, enfin, que tout cela n’est rien… rien
Car elle est l’amour éternel d’un gentil vaurien.
Qu’importe la mort, en un piège, assassiné,
Je ne pense qu’à la vie de ma dulcinée,
Qu’elle soit libre, heureuse !

Dites-leur, aux grands seigneurs de l’Alliance,
L’honneur que j’eus de partager leur vaillance,
D’être parmi eux, dans les temps de grande gloir’
Comme dans les moments de doute, désespoir.
Aux seigneurs, force et honneur !

Je fis une prière pour son repos… et me hâtais à la poursuite des assassins… je suivis longtemps leur cohorte… ils vendirent ici et là les possessions dont ils avaient dépouillé Decyrano… mais le crime ne paie pas… et je trouvais l’occasion d’enlever le sac contenant leur butin…
J’ai ainsi deux cent quarante cinq pièces d’or à vous remettre, une vieille épée, Soulreaver, la rebelle Berik ne voulant se laisser manier par nul autre que lui et un parchemin où ce lit un poème, inachevé…

BoisDormante.

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Le poème Inachevé

 

Hasard ? Destin ? Je ne la voyais guère, d’abord,
Sa voix sévère me parvenant d’un autre bord.
Mais il me semblait, sous la roideur de ce ton,
Voir un tendre cœur, à découvrir à tâtons.

Si belle, si brillante, détenant le savoir…
Comment espérer, en tête-à-tête, la voir ?
Ainsi dépourvu de science, jeunesse, beauté ;
Ne sachant manier qu’épées et vers apprêtés.

Vint une nuit ! Vint la chance ! Rencontrer Bruine !
Dans la haute tour, de la forêt, des ruines,
Là, tous deux, guettant les vils Pattes de Flammes !
Je cachais sous des mots le trouble de mon âme.

Las, mes compliments sincères n’eurent pas l’heur
De trouver grâce à ses yeux. Un bouclier leur
Faisait obstacle, sur le doux chemin du cœur.
À la vie, à l’amour, gardait-elle rancœur ?

Pourtant, je le su, lors d’un anniversaire :
La glace fondait, venait une autre ère.
La poésie nous rapprocha. Souvent je lui contais
Tout près ou très loin, des poèmes enchantés.

Vint le moment d’une belle promenade,
Je déclarais ma flamme en cette balade !
Son âme était toujours, du cataclysme, emplie…
Parviendrai-je à ranimer l’amour ? … Un pli !

En lignes superbes, en vers et en code,
Son cœur répondait au mien, chantait une ode !
À l’amour déclaré, à nos corps enlacés :
Une fleur bleue dédiée, choyée sans se lasser.

Quel rayonnant et immense bonheur depuis !
De chaque baiser, de chaque moment je puis
Me souvenir. Je vénère ses doux présents,
Comme ce châle couleur de nuit, apaisant.

Accompagné de Bruine, sous la grisaille,
Sont mille soleils, sur quelque chemin j’aille

Decyrano.

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La mort dans l’âme -1-

 

On aida Bruine à rentrer chez elle, et Litanies parvint à convaincre ses amis qu’elle prendrait soin de la rodeuse, puisque c’était là son rôle.

Un peu plus tard, comme le soleil était déjà haut dans le ciel, Bruine sorti un peu pour essayer de prendre l’air mais ne parvenait pas à surmonter son chagrin. Elle croisa des connaissances mais les fuit aussitôt, incapable de prononcer le moindre mot. Elle erra un moment dans Qeynos sans y preter garde, quand elle croisa Dame Luthiene dans le quartier Nord. Les émotions de Bruine la submèrgèrent de nouveau et la Templière ne put que lui offrir une épaule compatissante alors qu’elle ne parvenait plus à retenir ses sanglots.

Dame Luthiène tenta en vain de réconforter l’Ayr’Dal. Finalement Bruine se rendit dans le Temple de la Vie et y passa le reste de la journée, les yeux fermés et ses larmes ne cessant de couler. De temps à autres Dame Luthiène, qui l’avait suivie, pouvait voir un sanglot silencieux la secouer.
Les deux femmes demeurèrent ainsi sans bouger, l’une à prier et l’autre à pleurer, jusqu’à ce que la nuit tombe.
Les jambes engourdies par cette immobilité prolongée, Dame Luthiene raccompanga Bruine à son domicile, où Litanies l’attendait, accompagnée d’un jeune marchand qui se présenta comme l’aide de camp de la rodeuse.

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La mort dans l’âme -2-

Bruine erra seule entre les Steppes et la forêt de Nektulos. Elle passa la nuit dans une petite crique non loin des quais, pleurant silencieusement sans discontinuer. Quand le jour ce fit elle prit la direction de la ville et elle rentra doucement, les yeux gonflés et rougis par tant de larmes.
Une fois chez elle à l’auberge du rameau tranquile, elle reprit son rite ancien, celui qu’elle avait abandonné pour vivre aux cotés d’un poète. Elle fit chauffer de l’eau, y jeta quelques herbes. Elle se dévêtit à moitié en attendant que ce soit prêt. Quand une odeur acre eut empli la pièce, elle bu le liquide brûlant d’une traite. Puis elle se faufila sous son lit. Elle se recroquevilla et attendit que le sommeil vienne la prendre.

Sagement assise sur le lit, toujours souriante, une petite fille étrange la veillait.

Pendant ce temps là, Roufrack reprit du service et se mit à travailler aux affaires que Bruine avait oubliées. Une équipée partit quelques heures plus tard afin de récuperer la dépouille du guerrier, tandis que le nain répondait aux messages de condoléances.

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La mort dans l’âme -3-

Le corps rigide et glacé du guerrier fut déposé devant elle. Litanies était assise à côté, qui avait apporté de l’eau et des linges. L’air fut emplit immédiatement de l’odeur de la mort. Un instant la petite fille et la rôdeuse demeurèrent immobiles, la première attendant un signe de la seconde pour bouger. Bruine respira plus fort, et en tremblant s’approcha de la table. Litanies coupa les vêtements souillés et Bruine lava le corps en silence. Ravalant ses larmes, la rôdeuse reniflait de temps à autres tandis que sous la caresse de ses doigts la peau de son amant restait inerte et blanche.

Enfin l’air se chargea doucement d’effluves de genevrier, et Buine habilla le corps que Litanies maintenait en l’air à quelques centimètres de la table afin de lui faciliter la tâche. Tartan et cote de maille, torque de métal finement ouvragé, poignet de cuir et bottes rigides… Litanies fit pleuvoir des pétales bleus avant que Bruine n’enroule un drap blanc pour finir.

La nuit était très avancée quand le corps fut installé sur son embarcation. Bruine y avait fait déposer des armes et boucliers, au couleur de Qeynos et de l’Alliance des Seigneurs pour le guerrier, ainsi que quelques recueils de poésies, une tablette et un stylet pour le poète. Litanie murmura quelques mots et la barque glissa doucement de la berge en direction du large. Juste avant qu’on la perde des yeux dans la nuit, l’embarcation s’embrasa d’un seul coup.

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De l’aide !

Le jeune marchand ne savait plus que faire ni vers qui se tourner. Les jours passaient et son inquiétude grandissait sans qu’il puisse l’apaiser. Ces histoires n’étaient pas de son domaine et il se sentait complètement dépassé par les évènements. Roufrack prit donc sa plume, et s’appliqua autant qu’il pu pour écrire :


MonsieuR le Régent de la gRande Alliance des SeigneuRs, et aussi les autRes chefs et hauts SeigneuRs.

Vous me tRouvez bien empRunté de vous demandeR assistance aujourd’hui pouR une affaiRe qui me paRaît gRave et qui peut êtRe auRa manqué de vous êtRe RappoRtée. Je suis RoufRack, humble commeRçant de GRis-PieRRe, membRe RéseRviste de la milice sous le commandement du MaîtRe KeRhuoRn, et plus ou moins au seRvice du SeigneuR BRuine, que mon pèRe avant moi avait suivie pendant la gueRRe.
Voici donc que ma Dame BRuine a dispaRu depuis plusieurs jouRs, et que je m’inquiète de son silence, qui n’est pas dans ses habitudes. D’autant plus que la gamine, Litanies, est intRouvable aussi et qu’aux Bois des Saules on m’a dit qu’elles avaient Rendu les clés.
J’ai fait tous les quaRtieRs de Qeynos, et peRsonne ne les a vues ni ne sait où elles sont. Son gaRde-meuble a été vidé aussi aloRs que c’est moi qui en avait la chaRge.
Nous savons tous dans quel état d’émotion ma Dame BRuine se tRouvait, je suis donc tRès inquiet à son sujet. Je sais aussi combien les affaiRes sont gRaves en ce moment dans la gRande Alliance des SeigneuRs pour avoir paRticipés deRnièRement à une Réunion au sujet d’une étRange maladie qui avait affecté ma Dame BRuine aussi.
Sous l’effet du chagRin et de la maladie, on ne sait pas ce qui peut passeR paR sa tête, je vous demande donc de bien vouloiR entameR des RecheRches, que je ne peux point faiRe, afin de déteRmineR ce qui a bien pu lui aRRiveR.
Je vous RemeRcie bien, MonsieuR le Régent et me tiens à votRe disposition.

RoufRack

 

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Enquête

Apres avoir discuter avec quelques seigneurs, Luthiene prit la direction de l’Auberge de Bois-de-Saule pour interoger Yéonie, l’aubergiste. Celle-ci avoua sans difficulté à la Templière que Dame Bruine et la jeune Litanies étaient parties…. Et avaient démanagé, vidé les lieux… pour sa plus grande joie… l’enfant était étrange et la Dame un peu folle au dire de cette tranquile tenanciere.

Elle poursuivit son enquête dans Greystone Yard ou avait logé le malheureux DeCyrano. Là encore rien… Bruine était passé la veille de son « départ » et avec l’aide d’un notaire avait fait vider les lieux…

Idem à la banque, les deux comptes étaient fermé.

C’est sur les docks qu’elle apprit les informations les plus interessantes. Le garde Labrogne lui indica qu’il avait vue un grand nombre de caisses transité vers le Port de Qeynos. Luthiene en prit le chemin avec diligeance, habitée d’un sombre pressentiment…

En interogeant Sean le pecheur mais aussi le Chef de port Delacrête, Luhtiene apprit qu’une jeune hobbit, la peau mate et chauve nommée Ethel avait pris la mer… Dans ses affaires, une cage renfermant un Gnoll … et des biens semblant correspondre en tout point à ceux vus chez la Confidente…

La destination fit frissoner la Diplomate, mais ne l’étonna pas… Son préssentiment initial était bel et bien fondé… Free Port !

Bruine était partie exercer sa vangeance… Luthiene n’espera alors qu’une chose… Pouvoir retrouver son amie et la jeune Litanies avant que celles-ci ne subissent le même sort que le regretté DeCyrano…

Luthiène
Diplomate de l’Alliance
Vestale de la Haute Mère Tunare

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L’hommage de Tilin

Seras-tu seul éternellement ?
Où est Halas ? Attends !

Les bourrasques, qui emportent
T’auraient-elles fait tituber ?

Comme la pluie tombe des murs,
Toutes les idées sont malades.
Et à présent,
Où est la route entre les arbres,
Qui mène à toi, et à tes ancêtres,
En leur illustre compagnie ?

Comme une contine sur la mer,
Comme un vent qui chante et se joue de nous,
Pauvres âmes humaines.

De la vie pensée, et de la vie vécue,
Laquelle vaut la peine d’être vécue ?

Ce doux vin passager,
Au moins, en plus de détruire,
Donnera-t-il la lucidité
Qu’à ton dernier instant tu as vécu,
Pauvre âme humaine ?

Tu es peut-être l’égal des dieux, désormais,
Mais ne te fie pas à leur inconstance,
Car les dieux n’ont jamais vécu ce que l’Alliance des Seigneurs
Façonne, passions après passions : l’amitié.

Qu’il est dur d’ôter le masque de la tristesse !
La flûte meurt,
Et notre unique richesse, qui est de voir, n’est plus.

Pourrai-je au moins t’entendre, parmi les vents ?
Des formes d’erreur, celle de ne pouvoir entendre
Le cri d’un ami qui n’aura pas été entendu,
Est la plus vive.

Je souhaite que ce bateau emporte la vie que tu espérais depuis ton enfance, guerrier du Nord, la Vraie.

Tilin Ferdibrand
Chante-Sorts de la Source

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Recherche de la Confidente perdue

Freeport. Suivant Hiver, Elia ressentait déjà le malaise, celui qui s’empare d’elle quand elle approche de son ancienne citée, en entrant dans les terres communes.
Freeport. Le nom âpre racle dans sa gorge. Hiver, devant, comme une obscure ombre, les mène. Toute la troupe de l’Alliance ne peut la rassurer, ces lieux, ces souvenirs, tout rejaillit comme jamais enseveli.

Passer par les égouts, l’odeur fétide de décomposition. Mais avant cela, passer devant son ancienne demeure, dans l’allée d’ombrelongue, la bien nommée. Cette odeur, toujours, qui lui prend les narines, l’empèche de se concentrer comme elle le voudrait. Les visages, Tham, Feskr, Nuadun, Elia s’y raccroche, comme à tout signe tangible de son changement de condition. Elle s’y tient, reste droite, debout, tiens son rôle.

Quartier Ouest. Courir à couvert, regarder les clés tourner entre les doigts d’Hiver, entrer dans la suite, sa suite. Cela ne fait aucun doute. Choc, tout est si proche de ce qu’elle a déjà vu, ailleurs. L’esprit s’embrouille, mais la raison tient. Retrouver Bruine, voilà à quoi s’accrocher, voilà qui permettra d’avancer. Retrouver la confidente, perdue on ne sait où ni pourquoi. Enfin, si on se doute, mais cela… Ne pas trop y penser.

L’appartement n’est pas habité depuis des semaines. Et quoi, Litanie ? Elia se tait, cherche de son coté. Un livre, sur les égouts, annoté. Un miroir dans l’entrée. L’elfe noire regarde son reflet en soufflant lentement sur la surface réfléchissante. L’image se trouble, bien sur, le visage embué se marque de 4 lettres. MORT. L’elfe accuse le coup. Elle se détourne, retourne au livre, troublée.

L’arme de Bruine, c’est une hache. C’est la seule qui manque, sur les murs. Bruine avec une hache? Alors qu’Elia revoit les trolls de la cité, et leurs haches menacantes, le livre lui glisse des mains. En le ramassant, elle y trouve les quelques mots, ceux que Bruine a laissé pour indiquer sa destination. Serpent Sewer.

Elia revient au miroir. Y apposer quelques lettres, un peu d’espoir.

Il est temps de repartir. Retourner aux égouts, puisque c’est là que celle qui mène le sila s’est mise au silence. Elia marque quelques pauses, laisse ses compagnons chercher. Tham est resté a ses cotés. ‘Retrouver Bruine’, litanie qui scande l’avancée d’Elia.

L’antre du serpent. Voilà donc… Un Gnoll!

D’abord, l’action rassénère l’elfe, c’est son domaine, mais… Le gnoll morphe, devient loup. Le visage de Bruine, elle l’a vu. C’est bien Bruine, qui sème la mort et hurle dans les égouts. Elia tremble, laisse partir ses doigts, détruit ce qui se présente devant la semi elfe enragée.

Trop, beaucoup trop. Elia ne tient plus, cette fois, comme une fois, il y a longtemps. Les paroles de Valner, qu’elle croyait définitivement envolées, reviennent. Le feu brule en son coeur, les mains se crispent. La Drow sait déjà qu’autour d’elle, les flammes commencent à se développer. Elia s’écarte, trop consciente de ce qui risque de se passer. Elle veut se poser, respirer lentement… L’odeur est sanguine, fétide. Chaque inspiration lui provoque un peu plus de dégout. Elia se laisse tomber à genoux, devant un mur, pour ne voir personne, ne pas risquer l’irrémédiable…

Bien entendu, Feskr et Tham s’approchent. Ils veulent savoir, comprendre.

Les mains au sol, tendue de tout ses muscles, Elia gromelle de la laisser seule. Comprenant qu’elle ne se controlera plus très longtemps, elle se décide.

Les deux mains devant elle, formant une boule, Elia incante. La haine se canalise, entre dans les éléments, forme la boule de chaleur, de flammes bientôt, qui grossit entre les mains noires. Laissant son énergie partir, de tout au tout, Elia ferme les yeux. L’eau s’évapore, les deux guerriers se reculent. La boule l’englobe presque maintenant. La pierre des égouts entre deci delà en fusion.

Ses dernières forces partent dans cette boule de haine qu’elle pourrait penser avoir criée. Au moment où la vision s’éteint Elia grimace, la douleur est extrême. Et de s’écrouler.

Elia Hyluan.

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Une prière particuilère

Quelque part au fond d’un égoût, dans un recoin fétide et sombre, gît un sac oublié contenant des herbes à infuser, des lames affutées, quelques bougies, et un morceau de parchemin humide noirci d’une écriture irrégulière et minuscule.

Peurs et tourments, sans pitié ni relâche
Telle le serpent dans vos demeures, j’entre et je répends la douleur.
Vous mourrez tous. Tous, vous mourrez.

En attendant cette délivrance, vous tremblerez sous ma main
Chaires lacérées, vicères répandues, Vous prierez pour la fin.
Chaque larme vaudra un mort, lentement et sûrement.
Car de Saryrn me voici l’instrument.

Vous mourrez tous
Tous, vous mourrez.

En attendant vous crierez, peurs, douleurs et tourments
Car sans relâche vous serez chassés, découpés,
Vos dépouilles dispersées et exhibées,
Car de Saryrn me voici l’instrument.

Vous mourrez tous
Tous, vous mourrez.

Fontaines empoisonnées du sang de vos morts,
Terreur, nuit et jour sera votre sort.
Vengeance sans fin, aveugle et brutale.
Vous pleurerez la perte des vôtres, innocents ou coupables.
Morts assassinés lentement,
Car de Saryrn me voici l’instrument.

Vous mourrez tous
Tous, vous mourrez.

Belle déesse je t’appartiens, j’avance parmi les tiens
J’entends ton appel.
Tu tiens ma main, tu guides mon bras.
Je suis ta blessure. Je pleure des larmes de sang.

Ils mourront tous dans la douleur
Le tourment est ma raison.
Tous ils mourront.

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Retour

A son réveil Bruine tenait toujours dans sa main celle de Elia. Elle se leva doucement, tâchant de recouvrer les raisons de sa présence dans cet appartement. Alym le Sage… Elle sourit en se souvenant comme il avait pris soin d’elle la veille, et se dirigea vers le garde-manger pour se préparer une collation.
Tout en mangeant elle regarda Elia qui respirait infiniment doucement sous les couvertures. Elle chercha dans sa mémoire ce qui avait pu arriver à son amie, en vain. Comme elle revivait en rêve ces derniers jours pour trouver une explication, une douleur intense refit surface en elle tout à coup.

Elle laissa choir le pain et le bol qu’elle avait dans les mains, battit des bras quelques instants pour maintenir son équilibre, ouvrit grand la bouche sans retrouver d’air. Elle vacilla. Enfin elle entendit sa voix, tout autour d’elle. Elle senti son murmure l’envelopper d’amour, et l’air entra de nouveau dans ses poumons. Elle s’assit sur le sol en tailleur, étendit ses sens comme à la recherche de la forme du loup. Un frisson de plaisir la parcourut quand elle y parvint.
Les yeux clos et le sourire aux lèvres, elle devisa avec Lui silencieusement pendant un long moment. Puis, ivre de mots d’amour, elle ouvrit les yeux à nouveau. Son visage encore pâle était éclairé d’un sourire radieux, et elle eut un petit rire de joie en se relevant.

Elle rangea en vitesse ce qu’elle avait déplacé, ou brisé, s’assit au chevet de la jeune elfe noire quelques instants en promettant de prendre soin d’elle dés qu’elle en saurait plus. Elle s’habilla, toujours souriante, puis sorti pour prendre la direction du quartier Nord de la ville.

Elle pria longuement au Temple, pour remercier les dieux de les avoir unis à jamais.

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Changement de Statut

Hier soir les mécènes de l’Alliance, dont je suis, avons éliminé des cibles d’importance. Si bien qu’à la fin certains obtinrent la Lame de l’Assassin, qu’ils convoitaient depuis un moment déjà. Nous étions tendus vers notre objectif, et n’avons pas beaucoup parlé que pour nous organiser. Le Veneur Kyrt avait pris la direction des opérations. Il a semblé bien connaître son affaire.

Bien plus tard en rentrant à Qeynos nous nous sommes immédiatement rendus compte que la nouvelle s’était ébruitée. On murmurait le nom de l’Alliance des Seigneurs, et à n’en pas douter notre renomée était remontée d’un cran.

Pourtant il me reste comme une impression d’inachevé…

Ensuite le jeune Kylion m’a suivie et nous avons repris notre entrainement orc, que nous avions laissé là à la deuxième étape, faute de temps. J’irai probablement demain dans la journée pour l’étape suivante.

Pourtant il me reste comme une impression d’inachevé…
Il flotte dans l’air quelque chose que je n’arrive pas à attraper.

Je crois que je n’arrive pas à accepter le départ de Brekilien, sa disparition pour je ne sais quelle raison… Il se confiait pourtant à moi et je ne sais rien de sa destination, ni des raisons de son départ. Je n’ai eu aucune nouvelle, pas plus que les autres d’ailleurs. Cela me chagrine évidement, mais j’ai peur qu’il lui soit arrivé quelque chose de terrible.
Et j’ai l’impression d’être la seule. Personne ne parle plus de lui vraiment, ou alors pour préparer la cérémonie de nommination d’un nouveau Commandeur.

Je suppose que nous nommerons le Bashar pour prendre le poste, mais moi je ne veux pas.
Je veux que Brekilien revienne.

Mon vieux frère me manque.

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Les ours volent-ils ?

Je suis arrivée en retard… Je ne dois plus m’arrêter au Temple de la Vie avant les réunions de la milice, sinon je pense que le Maître d’Armes Kerhüorn finira par se mettre en colère. Je n’ai aucune confiance en ce barbare, c’est pourquoi je le surveille de près, tant que je peux. Pour l’instant rien n’indique qu’il soit un danger mais chaque fois que je le croise, j’ai devant les yeux l’image d’un barbare ivre et sale, qui se livre à toutes les exactions qu’il peut… et je n’arrive pas à passer outre. Cela me met très mal à l’aise vis à vis de lui.

Ma présence régulière aux réunions aura porté ses fruits d’une autre manière en tout cas, car la jeune Cybil a émit le souhait d’intègrer nos rangs, ainsi que Elysa, à qui Kerhüorn a donné notre blason hier soir. Salamun n’était pas là, mais j’avais déjà discuté avec lui de sa première mission en temps qu’aspirant Sila.
Trois recrues d’un coup !

J’ai conversé discrètement avec Cybil et lui ai donné ses trois premières missions, qui seront autant d’épreuves pour son intégration. Dès que je verrai Elysa de nouveau je lui parlerai. Cette jeune femme est très étrange. J’ai l’impression de la connaître et pourtant… Peut-être est ce parce que comme moi elle est Ayr’Dal. Nous verrons bien.

Pour finir la journée j’ai fait une longue virée dans la forêt de Nektulos avec Seomann. Je voulais l’interroger sur dix milles sujets mais nous avons été attaqués par des chauves-souris en très grand nombre. Sur l’une d’elle nous avons trouvé des restes de fruits très sucrés. Nous sommes passés voir Kitty et la nomade pour lui, puis je l’ai trainé jusqu’au camp de Marr et à la cascade.

Ah j’ai enfin trouvé l’idiot qui coupe les bouts des plumes aux ours-hiboux ! Cet imbécile s’est mis en tête de les empêcher de voler pour ne par que leur menace ne se répande ! Je lui ai fait remarquer que ces créatures n’avaient pas d’aile, il n’a rien voulu savoir. Je n’ai pas cherché à discuter plus car il avait vraiment l’air perdu, et franchement atteint.

Le paladin est moi sommes ensuite retournés vers le port, en chemin j’ai tenté une drôle d’expérience. Je n’en reviens pas comme j’ai parfois des idées saugrenues.
Bref.
Nous avons tué pas mal de chauve-souris et récupèré ainsi nombre de fruits, je suis rentrée à Qeynos directemnet ensuite, et j’ai fait faire plusieurs tartes avec. Je la recommanderai c’est délicieux !
Mais je ne sais toujours pas d’où proviennent les fruits… du sommet des arbres ? Est-ce que quelqu’un a jamais eu l’idée d’y grimper pour voir ?

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Secret de famille

Dans une salle au fond de Nektropos, nous avons trouvé ces masques que tous trouvent très utiles ou amusants. J’étais en compagnie de deux autres officiers de l’Alliance, et je voyais bien dans leurs regards, alors qu’ils avaient utilisé le leur à peine enfilé, qu’ils attendaient que je fasse de même.

Je me suis faite priée un peu, le coeur paniqué à cette idée. J’avais envie de hurler, de fuir. Encore.

Et puis j’ai entendu sa voix, si calme et si douce. J’ai vu sa silhouette se dessiner sous une torche. J’ai senti sa chaleur qui m’entourait.
– Ma Reine, tu n’es pas « Elle » ! me soufflait-il.
Et je me suis sentie forte.
– Ô mon Charmant Prince, ta voix m’apaise comme ta bouche m’embrase. pensai-je.

Alors j’ai mis le masque sur mon visage. Le sortilège fit son effet, et ma peau prit ausitôt une teinte d’un bleu profond.
Je vis mes compagnons faire la moue.
– Ca n’est pas drôle, cela ne change en rien tes traits, on te reconnaît toujours !

Evidemment.

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Activités des Services Secrets -2-

Entrer dans l’allée d’ombrelongue est possible de trois façon : En venant du nord de Port Franc, de l’allée des voleurs, ou simplement par bateau des terres communes.
Il n’y a pas de garde en faction sur le ponton d’arrivée. Le garde qui arpente les rues n’y passe jamais à ce que j’ai pu voir. C’est d’ailleurs une dominante en ces lieux : La sécurité semble minime car personne n’ose imaginer une attaque en plein domaine elfe noir.

J’ai donc pu situer 4 gardes, dont un seul se déplace. Deux (lvl 26 ) sont à la porte vers Port franc, derrière la fontaine.Ils sont plus soucieux apparemment de repousser les non citoyens que d’assurer la sécurité du quartier. Un garde passe les voir parfois (lvl 27) avant de faire sa ronde dans le quartier. Il passe sur les rues extérieures en prenant toujours tout d’abord sur sa gauche. Il va donc passer près de l’entrée de la voie des voleurs, observer ( sans s’arréter ) l’état de la place marchande qui est autour d’un portail détruit, descendre vers le port sans l’atteindre avant de remonter vers son point de départ. Il lui faut environ 2minutes 30 pour faire son tour.
Le quatrième garde est le plus coriace, c’est un capitaine (lvl 43), et cela s’explique : il est posté devant les bureaux de la milice de Port Franc, face à l’auberge. Celle ci est donc risquée d’accès.

Tous les commerces sont regroupés autour du portail détruit (B), à l’exception du scribe (A). L’arrogance des drow n’est pas à remettre en cause, même la banque n’est pas gardée.

Pour finir, il est à noter qu’un passage sous les maisons, derrière le portail détruit, permet de passer très rapidement de celui ci vers la porte de Port Franc. C’est un très bon moyen de semer le garde en patrouille si jamais la situation était critique, ce qui m’étonnerai sachant qu’il ne court que si le danger a été repéré.

Les commerces ne sont guères interresants, on n’y trouve rien de bien magnifique, peut être quelques armes et armures de qualité moyenne, voilà tout. Si, le scribe pourra vous fournir un précis linguistique Thexian, mais dont l’intéret reste très limité.

Bien à vous.

L’Etoile

 

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Activités des Services Secrets -3-

Commandeur de l’Alliance, Confidente,

Le quartier de la cours des Ecailles est sans doute le plus insalubre de tous ceux qui entourent la ville de Free-Port. L’air y est irrespirable et il y a de nombreux rats, chats et chients errants, sans doite une nourriture facile pour les habitants, les Iskars.

Il existe trois moyens d’accéder à la cours des écailles; la porte vers Qeynos Sud qui est gardée en permanence par un garde ogre (lvl 29) est inempruntable, le puit vers les égouts se trouve sur la place elle même et le port.

La banque est gardée de très près par un garde humain (lvl 27), à croire que les dirigeants et autre notaire ne craignent un cambriolage de celle-ci, renseignant donc sur le peu de confiance qu’ils accordent aux Iskars.

Une dernière représentante est chargée de la surveillance du quartier et non la moindre, il s’agit d’une capitaine, humaine elle aussi (lvl 44). Cette fonctionnaire est chargée assurément de la sécurité du quartier puisqu’elle effectue une ronde faisant fréquément le tour de la place, cherchant la fraîcheur et la salubrité toute relative de la fontaine, rendant par le fait l’accès aux égouts extrèmement difficile mais également et de manière occasionnelle allant réprimander le garde ogre en poste a la porte sud, indiquant bien que les ogres ne sont pas non plus très bien considérés en Free Port.

Il est à noter que la Capitaine ne va jamais sur le port et va de manière très rare jusqu’à l’auberge. Remarquez enfin que la scribe Plumegelée peut nous apprendre aisément la langue Sébilisienne contre quelques pièces d’argent.

Le Nervi

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Activités des Services Secrets -4-

Blossoming 14, 3733.

Bashar Casto,
Puisque comme d’habitude nous avons toutes les peines du monde à nous croiser pour discuter de vive voix je prends la plume pour vous faire parvenir le rapport de mes activités de ces derniers mois.

Je me suis installée à Port-franc quelques temps pour les activités inhérentes à ma fonction de chef du Sila Lumena tel que vous l’avez re-défini à votre prise de fonction. J’ai donc fait le tour du réseau existant, ou du moins de ce qu’il en restait, auquel j’ai greffé mes propres contacts évidement. Avec les éléments les plus fiables, nous avons opéré un tri dans nos rangs et réorganisé notre fonctionnement sur place, c’est pourquoi j’étais restée totalement silencieuse au sujet de mon départ de Qeynos puis de mes agissements.
Dorénavant, dans chaque quartier de la ville, un agent de l’Alliance veille. Cependant les conditions de vie sont telles dans les faubourgs que nous avons dû mettre en place un système d’approvisionnement en nourriture et en biens d’usage courant pour la survie-même de nos agents.
J’ai aussi développé une activité d’importance, en mettant en place ça et là des caches et un réseau de moindre taille, et qui sera géré par notre organisation quand j’aurai quitté les lieux. Nous pourrons ainsi permettre une exfiltration plus sûre aux repentis qui nous contactent régulièrement. Il ne s’agit pas d’en faire des Seigneurs évidement, ni même de favoriser leur citoyenneté Qeynosienne, mais seulement de leur permettre de quitter la ville de Port-Franc sains et saufs, avec de quoi manger quelques jours et de quoi se vêtir convenablement.

Des seigneurs sont venu à plusieurs reprises dans Port-Franc à ma recherche, puisque je ne les avais pas tenu informés. J’ai dû les éviter, ce qui a considérablement ralenti les opérations bien entendu. Je tiens à vous informer que la fameuse Kadidja, mercenaire du renseignement et de l’illégal était au service du spectre de feu Kane Bayle, et lui a offert pour s’incarner le corps du jeune Nuadun qu’elle était parvenu à faire prisonnier alors qu’il me recherchait. Il en fut de même par la suite de notre vaillant Feskr, du Liturge Ayerown et du Sage Alym.
Le spectre de Bayle avait été rappelé à la conscience par un très jeune mage maladroit. Dans sa mégalomanie et sa soif de pouvoir, Kane Bayle voulait instaurer un nouvel ordre et a fait rappeler ses amis de l’outre-tombe dans le corps de nos Seigneurs afin de remettre sur pied son ancien réseau du Cercle de la Main Invisible. Notre « maladie » était ainsi provoquée par les rituels successifs, jusqu’à la possession total du corps par le spectre ainsi rappelé à la vie.
En attendant de trouver une solution à ce problème grave et suite au rapport du Trencavel, j’ai moi-même assuré la surveillance de Kane, pour la sécurité de Nuadun. Nous sommes enfin parvenus hier soir, avec l’aide de la puissante Salvea et d’une traître nécroman, à briser les possessions en inversant les rituels. Les spectres ont été renvoyés dans l’outre-monde et les esprits des Seigneurs ont réintègrer leur corps.
De ce fait l’agent Nuadun pourra donc se soumettre au jugment qui l’attend depuis un moment déjà suite à la plainte officielle déposée par la milicienne Eleonorh. Vous voudrez bien me garantir un délai supplémentaire afin que je puisse mettre au point sa défense avec lui.

Je reste à votre disposition,
Force et Honneur.
B.

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Activités des Services Secrets -5-

 

Au Commandeur Casto,
Au Bashar Kylion.

Je profite d’une relative accalmie dans les affaires secrètes pour vous faire part de l’état des troupes du Sila, état que j’aurais du faire plus régulièrement toutefois j’en conviens. Il n’est jamais trop tard, donc voici :

Nous avons à déplorer la perte de nombre de nos agents, L’Hermine reste introuvable et nous supposons qu’il est décédé. L’Eternel n’est jamais revenu de mission à PortFranc. Les informations le concernant ne nous parviennent plus depuis trop longtemps, il aurait été fait prisonnier par les gardes de l’Overlord et passé à la question, depuis nous pensons qu’il est décédé.

Nous savons aussi que L’Ange n’est plus.

Le Garde Noir et Le Pendu ont eu une dérrogation spéciale, ils demeurent tous deux à disponibilité mais pour l’instant ils sont inactifs. La Dague et Ixs ont été détachés sur Qeynos même où nos activités sont en nette augmentation.

L’Etoile et Le Nervi sont nos meilleurs agents, ils font un travail remarquable comme vous avez pu constater, tandis que La Plume doit encore faire ses preuve mais je n’ai aucun doute sur ses capacités.

Pour ce qui est de leurs rapports vous les avez reçus au fur et à mesure, j’attends encore ceux des missions que vous nous aviez confiées suite au concours de poésie.

Force et Honneur,
B.

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